Je suis introvertie. Et ça surprend presque toujours quand je le dis. Parce qu’en apparence, tout laisse à croire le contraire. Je suis photographe. J’anime des séances photos avec dynamisme. Je me montre sur les réseaux sociaux avec assurance. J’assume mes mots et mes décisions publiquement. Il m’arrive même de parler devant plusieurs personnes lors d’ateliers ou conférences… Pire encore, pour ceux qui le savent et le voient, je monte parfois sur scène pour chanter ! Et avec aplomb en plus ! « Mon dieu, mais que cette fille est sûre d’elle ! » « Qu’elle chance d’avoir ce tempérament ! » «C’est une extravertie celle-ci, ça se voit ! » « C’est tellement facile pour elle… ».
J’aimerais te dire que ces remarques sont justes. Elles doivent l’être pour certaines personnes. Mais pour moi, ce n’est pas vrai. Ce n’est ni facile. Ni évident. Ni inné. Bien sûr, aujourd’hui, j’ai beaucoup plus d’aisance qu’autrefois. Et heureusement ! Mais être à l’aise en public, prendre la parole ou monter sur scène ne fait pas de moi une extravertie. Et j’aimerais qu’on parle de ça.
Déjà, qu’on redéfinisse un peu ces termes pour mieux les comprendre. Ensuite, qu’on sorte un peu des cases en rappelant que tout n’est pas noir ou blanc. Et qu’on peut être plusieurs choses à la fois. Je vais peut être te faire découvrir de nouveaux mots d’ailleurs ! Puis j’aimerais te parler de mon parcours. De pourquoi et comment j’en suis arrivée là aujourd’hui. En espérant te glisser quelques tips en même temps. Alors prends une tasse de thé et un carré de chocolat, je t’embarque dans le genre de discussion que j’adore !
Introverti, extraverti : remettons les choses à leur place
On confond encore trop souvent introversion et timidité. Ou extraversion et assurance. Comme si être introverti empêchait de se montrer. Comme si être extraverti rendait tout facile. En réalité, tout est beaucoup plus nuancée que ça.
Être introverti ou extraverti n’a absolument rien à voir avec la capacité à parler en public, à animer un groupe, à se montrer sur les réseaux ou à monter sur scène. La vraie différence se joue ailleurs : dans la manière dont on recharge son énergie.
Un introverti se ressource dans le calme, les temps seuls ou en petit comité. Un extraverti, lui, se nourrit davantage du mouvement, de l’échange, de la stimulation extérieure.
Pourtant, on continue d’associer visibilité et extraversion. Alors quand quelqu’un prend la parole avec aisance, crée du lien, s’exprime avec assurance, on tranche vite : « elle est extravertie ». Et toutes les peurs, les doutes, les remises en questions et les efforts sont éjectés du tableau. Comme si c’était juste une question de personnalité. Non non ! Je te le dis, ce n’est pas toujours une question de tempérament. C’est aussi une question d’intérêts.
Se montrer : pas par facilité, mais par nécessité
Quand quelque chose fait sens, quand le message est important, quand l’enjeu dépasse le confort personnel, alors on trouve des ressources qu’on ne soupçonnait pas. On accepte l’inconfort. On traverse la peur. On avance malgré la boule au ventre.
Ce n’est pas parce que c’est facile ou inné. C’est parce que c’est juste pour soi.
Je ne me montre pas parce que j’aime me montrer. Je me montre parce que j’ai quelque chose à dire, à transmettre et à défendre. Parce que rester en retrait me coûte plus cher que de m’exposer.
Alors j’ai appris. J’ai répété. J’ai observé. J’ai travaillé ma posture, ma voix, ma présence. Pas pour devenir quelqu’un d’autre, mais pour servir ce qui me tient à cœur.
Et c’est souvent ça qu’on ne voit pas : le choix conscient derrière la visibilité. Le travail derrière l’aisance. La peur toujours là, mais apprivoisée.
À force, le corps s’habitue et l’esprit aussi. La peur ne disparaît pas mais elle change de place. Elle devient un signal, plus un frein.
On peut donc être introvertie, sensible, et pourtant apprendre à se montrer, à prendre la parole et ainsi à être visible. Non pas parce que c’est inscrit dans notre personnalité, mais parce que c’est cohérent avec ce que l’on veut construire. Et ça, c’est une nuance essentielle.
Ambivertie, otrovertie : nommer l’adaptation
C’est précisément pour nommer cette capacité d’adaptation que de nouveaux mots ont émergé.
Parce qu’on s’est rendu compte que la réalité ne rentrait pas dans deux cases figées. Que beaucoup de personnes ne sont ni totalement introverties, ni franchement extraverties, mais capables de naviguer entre les deux selon les contextes, les enjeux, l’intérêt.
On parle alors d’ambivertie. Des personnes qui peuvent mobiliser des codes extravertis quand la situation le demande, puis revenir naturellement à un fonctionnement plus introverti pour se régénérer.
On parle aussi d’otroversion, parfois appelée introversion extravertie, pour décrire ces profils profondément introvertis qui développent, par choix ou par nécessité, des comportements extravertis. Non pas par goût du bruit ou de l’exposition, mais parce que cela sert un projet, une vision, un message.
Ces mots ne décrivent pas un changement de personnalité. Ils décrivent une stratégie d’adaptation. Une façon d’aller chercher, ponctuellement, des ressources qui ne sont pas dominantes à l’origine, parce que l’intérêt est plus fort que l’inconfort.
On ne devient pas extravertie. On apprend à activer certains leviers quand c’est juste, puis à revenir à soi. Et reconnaître ça, c’est souvent un immense soulagement.
Ce que l’on ne voit pas : l’entraînement, la peur, le corps qui lâche
L’exposition progressive : apprivoiser la peur par le corps
Ce que l’on voit de moi aujourd’hui, c’est une femme à l’aise et confiante. Ce que l’on ne voit pas par contre, c’est tout ce qu’il a fallu traverser pour en arriver là.
Et ça a été long. Vraiment long. Et difficile. Pas difficile dans l’idée (quoi que…). Mais difficile dans le corps. J’ai commencé par là où je pouvais. Pas là où c’était confortable mais là où c’était possible. Je faisais des lives dans des groupes Facebook privés dédiés aux photographes. Des espaces relativement sécurisés, entre pairs. Rien que ça, ça me retournait l’estomac. Mais je savais pourquoi je le faisais : m’entraîner à parler, à poser ma voix, à structurer mes idées… pour, un jour, être plus à l’aise face à mes propres clients.
Avant chaque live, j’avais peur. Pendant, je tremblais parfois. Après, j’étais vidée. Mais je recommençais.
Et j’ai fait la même chose avec le chant. Je me suis inscrite à des concours. Pas pour gagner. Pas pour briller. Mais pour m’exposer à la critique. Aux regards. Et à l’échec.
Et là encore, le corps parlait avant la tête. Le mal au ventre. La gorge nouée. Parfois même la diarrhée. Oui, on en est là. Parce que c’est ça, la vraie peur. Celle qui ne se raconte pas bien sur Instagram.
Et j’ai répété ces situations. Encore et encore. Pas parce que j’aimais ça. Mais parce que je voulais que mon système nerveux comprenne que je ne risquais pas ma vie. Je voulais sincèrement pouvoir être à l’aise un jour dans ces situations.
De la honte à l’aisance : ce que l’entraînement change vraiment
Avec ma famille et mes amis, je me lançais aussi des défis qui allaient dans ce sens. Faire quelque chose en public. Dire une blague à un inconnu. Prendre la parole là où je n’aurais jamais osé avant. Et il y a une anecdote qui me fait encore sourire aujourd’hui, tant elle est révélatrice : distribuer des prospectus sur ma propre entreprise à mes débuts me faisait pleurer. Littéralement.
Parler de moi. Me montrer. Me rendre visible. C’était trop. J’avais honte. Peur. L’impression d’être ridicule. Je rentrais chez moi en larmes.
Et aujourd’hui… Qui pourrait l’imaginer ?
Quand on me voit animer une séance, parler avec assurance, monter sur scène, prendre la parole devant un groupe, on imagine un tempérament. Une facilité. Une chance.
Mais ce n’est pas une question de chance. C’est une question d’entraînement. De répétition. D’intérêt plus fort que la peur.
Je sais exactement ce que ça coûte d’oser. Je sais ce que ça fait de se forcer. De douter. De vouloir disparaître. Et je sais aussi ce que ça change, petit à petit, quand on respecte son rythme tout en avançant.
C’est pour ça que, face à quelqu’un qui n’ose pas passer devant l’objectif parce qu’il se dit introverti, je ne minimise jamais. Parce que je comprends. Parce que je suis passée par là. Et si aujourd’hui je peux accompagner, guider et rassurer dans mon métier, c’est précisément parce que je sais, dans mon corps, ce que ça fait.
Ce que ce parcours change concrètement dans mon travail
Ce chemin-là n’a pas seulement changé ma façon de me montrer. Il a profondément transformé ma manière de travailler.
Quand une personne me contacte en me disant :
« Je ne suis pas faite pour la photo, je suis introvertie. »
« Je n’ose pas passer devant l’objectif. »
« Ce n’est pas pour moi, je ne sais pas me montrer. »
Je sais exactement ce qu’il se passe derrière ces mots. Il n’y a pas un problème de personnalité. Il y a une peur d’être vue. Une peur de ne pas se reconnaître. Une peur d’être jugée. Et souvent, une croyance très ancrée : introvertie = pas photogénique.
Mais mon travail commence bien avant l’appareil photo. Concrètement, je ne cherche pas à faire “poser”. Je crée un cadre. Un rythme. Un espace sécurisant. Je parle peu quand il faut parler peu. Je guide quand c’est nécessaire. Je laisse des silences. Je m’adapte.
Parce que je sais à quel point forcer est contre-productif.
Mais je sais aussi autre chose.
Se respecter ne veut pas dire s’éviter en permanence. Et parfois, la frontière est mince entre écouter son rythme… et écouter sa peur. Alors oui, je respecte profondément là où vous en êtes. Mais parfois, se donner un petit coup de pied au cul, bienveillant tout de même, ça ne fait pas de mal non plus.
Pas pour se violenter mais pour avancer.
Je sais aussi que certaines personnes ont besoin de comprendre avant d’oser. Alors j’explique. Je dédramatise. Je nomme ce qui se passe. Le stress, la tension, le corps qui se crispe : tout est normal.
Et petit à petit, on se détend.
Si vous vous reconnaissez là-dedans, voici ce qui peut aider
1. Arrêter de croire que vous devez aimer être vu pour être photographié
Vous n’avez pas besoin d’aimer l’exposition. Vous avez juste besoin d’un cadre qui respecte votre manière d’être.
2. Choisir une personne qui comprend ce fonctionnement
Pas quelqu’un qui vous pousse à “lâcher prise” à tout prix. Quelqu’un qui sait que le lâcher-prise, ça se prépare.
3. Accepter que le temps fasse partie du processus
Les premières minutes peuvent être maladroites et c’est normal. Ce n’est pas un échec, c’est un passage.
4. Ne pas chercher à être autre chose que vous-même
La douceur, la retenue, la sensibilité sont des forces visuelles immenses. Elles donnent des images profondes, sensibles et très personnelles.
5. Se rappeler que la peur n’est pas un stop, mais un signal
Elle indique souvent que quelque chose compte. Pas que vous n’êtes pas capable ou que vous ne devez pas y aller.
Mon rôle n’est pas de vous transformer en quelqu’un d’extraverti. Il est de vous accompagner pour que vous puissiez être vu sans vous trahir. Parce que je sais ce que ça coûte. Et parce que je sais aussi à quel point ça peut libérer.
Introvertie ou pas, osez vivre comme vous le souhaitez !
Si j’ai eu envie d’écrire cet article, ce n’est pas pour coller une étiquette de plus. Ni pour me justifier sans fin. Mais peut-être aussi, justement, pour ne plus avoir à le faire.
Parce qu’à force, c’est fatigant. Fatigant de devoir expliquer. Fatigant de voir tout le travail, la peur traversée et les efforts répétés, balayés d’un revers de main par un « toi, c’est facile » ou « toi, tu es extravertie ».
Cet article, je l’ai d’abord écrit pour rassurer. Pour celles et ceux qui doutent, qui se retiennent, qui pensent qu’ils ne sont « pas faits pour ça ». Pour rappeler que la visibilité n’est pas un trait de personnalité, mais souvent le résultat d’un chemin long, inconfortable, volontaire.
Mais je l’ai aussi écrit pour moi.
Pour pouvoir, la prochaine fois qu’on me dira que je suis introvertie avec étonnement ou scepticisme, répondre simplement : « J’en ai parlé ici. » Et pour me rappeler, à moi aussi, tout le chemin parcouru. Mettre des mots. Poser les choses. Les partager. C’est parfois déjà un pas de plus vers ce que l’on veut.
Alors si je devais laisser un dernier conseil, ce serait celui-ci : écrire, parler, transmettre ce que vous traversez peut devenir un véritable levier. Pas pour convaincre. Pas pour prouver. Mais pour avancer. Pour alléger. Pour s’autoriser. Parfois, ce n’est pas le regard des autres qu’il faut changer. C’est la place que l’on s’autorise à prendre.
Et si vous voulez en savoir vraiment plus sur mon histoire, découvrez la page à propos de moi.



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